Art, crime et guillotine au musée d’Orsay

Posted on mai 31, 2010

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Du sang, en veux-tu en voilà : l’expo Crime et châtiment au Musée d’Orsay est à déconseiller aux âmes sensibles. A tous les traumatisés des histoires de tueurs en série, des sorcières tueuses d’enfants et des psychopates sanguinaires, passez votre chemin! Ou alors, venez dompter vos peurs à travers un parcours historique entre la figure de la victime, et celle du criminel.

On a beau savoir que le crime est un sujet récurrent dans l’art et la littérature, la concentration de toutes ces représentations macabres fait froid dans le dos. Le parcours commence un peu avant la Révolution française, avec l’image du démon qui habite la femme diabolique : au bûcher la sorcière. Un peu plus loin, c’est toujours la femme qui fait l’objet de tous les fantasmes à travers la figure de Charlotte Corday, dont les représentations oscillent entre l’ impitoyable meurtrière et la victime courageuse de la folie révolutionnaire. La plus meurtrière de toutes, elle se dresse fièrement devant le visiteur : c’est la veuve noire, qui pour l’occasion s’est parée d’un voile sous lequel on aperçoit sa large lame. « On peut avoir une certaine indifférence sur la peine de mort, ne point se prononcer, dire oui et non, tant qu’on n’a pas vu de ses yeux une guillotine »,  dixit le grand Victor himself. Pas faux.

Intéressant également, le traitement du crime dans la presse, cette profusion d’illustrations toutes plus sanglantes les unes que les autres. Les vieilles photos des scènes de crimes, au début du XXe siècle. Les efforts déployés dès le XIXe pour dresser le profil type du tueur : c’est l’homme qui est encore habité par l’animal, mâchoire proéminente et yeux de fauve. Oeil pour oeil, dent pour dent : gibet, garrot, guillotine, chaise électrique, instruments de torture et instruments médicaux sont là pour dominer la bête, et répondre à l’éternelle question : punir, ou soigner?

Autant le dire tout de suite, je ne faisais pas la fière : l’âme sensible, c’est moi. La fille qui fuit devant les films interdits aux moins de 12 ans, c’est encore moi. Mais au final, l’œuvre qui m’a le plus troublée n’est pas la plus sanglante. Non, c’est une scène d’une violence incroyable mais qui ne montre pas grand chose. D’abord, quand je l’ai vue, j’ai été intriguée, je suis restée plantée devant un petit moment, puis je suis repartie, puis je suis revenue. Quelque chose d’indescriptible émane de ce tableau de Degas, intitulé « Intérieur » puis renommé après la mort du peintre « Le Viol ». L’horreur silencieuse. Même pas besoin d’hémoglobine : c’est ça, le crime parfait.

Intérieur, dit Le Viol, de Degas

L’expo prend fin le 27 juin.
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