Une certaine idée de la sensibilité… Jane Campion

Posted on juin 20, 2010

4


Sorti en janvier dernier, Bright Star de Jane Campion est l’un de mes derniers grands coups de coeur ciné. Il fallait absolument que je vois le premier chef-d’oeuvre de la réalisatrice, La leçon de Piano. C’est aujourd’hui chose faite et pas de doute : les deux films, qui ont presque 20 ans d’écart, sont bien de la même lignée.

La leçon de piano se déroule au XIXème siècle en Nouvelle-Zelande. Une femme muette, Ada, débarque avec sa petite fille neuf ans pour y épouser un homme qu’elle ne connaît pas et que son père a choisi pour elle. Le bien le plus précieux d’Ada, c’est son piano, et aussitôt arrivée son mari le donne à un voisin, Georges Baines, en échange de quelques terres. Baines,  un homme un peu rustre, passe un étrange marché avec la jeune femme : elle pourra récupérer son piano si elle accepte de se soumettre à quelques « caprices ».
Regardez le visage de la fillette : elle ne vous rappelle rien ? C’est Anna Paquin, l’héroïne de True Blood ! Dans le film c’est amusant, on retrouve ses mimiques. A l’époque, ce rôle lui avait valu un Oscar (bien mérité).

Bright Star raconte, également au XIXème siècle, la liaison entre le poète John Keats et sa voisine Fanny Brawnes. Après des débuts un peu difficiles, les deux jeunes gens apprennent à se connaître et à s’aimer. Mais Keats est malade, et l’image de la mort assombrit progressivement l’innocence d’un premier amour.

Même si j’ai un  faible pour le plus récent, je dois dire que ces deux films sont vraiment des merveilles. Sur le plan esthétique, d’abord. Dans Bright Star, chaque image est un tableau. Ce film est lumineux de bout en bout, imbibé d’une délicate poésie emblématique de ses deux jeunes héros. La leçon de piano, plus sombre, offre également des images magnifiques, comme cette scène ou Ada joue sur son piano échoué sur la plage pendant que sa fillette esquive quelques pas de danse.

Mêmes cheveux bruns impeccablement tirés,  même teint diaphane, Ada (Holly Hunter) et Fanny (Abbie Cornish) se ressemblent étrangement. Si Fanny est aussi volubile qu’Ada est silencieuse, elles ont toutes les deux un fort tempérament qui sera mis à l’épreuve face à la violence de sentiments insoupçonnés. Les deux actrices ont une présence incroyable, elles éclipsent presque les rôles masculins. Intéressant : le thème du désir est traité très différemment dans les deux films, de l’érotisme puissant de la leçon de piano à la douce sensualité de Bright Star.

Ces deux films ont pour point commun de nous transporter dans des univers doucereusement mélancoliques, portés par des héroïnes qui donnent corps à l’image que l’on se fait de la grâce, et dont les sons, les lumières et les couleurs forment un équilibre fragile et magique. Le mot qui me vient à l’esprit, c’est la sensibilité : « Aptitude à s’émouvoir, à éprouver des sentiments d’humanité, de compassion, de tendresse pour autrui ». C’est ça, Jane Campion. Mais combien d’années va-t-il falloir attendre avant le prochain ? D’ici là, il faut absolument que je vois Holy Smoke, avec Kate Winslet.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Publicités
Posted in: Les bons DVD