Un brillant avenir, de Catherine Cusset

Posted on novembre 21, 2010

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« Elena, une jeune Roumaine née en Bessarabie et ballottée par l’Histoire, rencontre à un bal en 1958 un homme dont elle tombe passionnément amoureuse. Il est juif, et ses parents s’opposent au mariage. Elena finit par épouser Jacob et par réaliser son rêve : quitter la Roumanie communiste et antisémite de Ceauescu. Émigrer aux États-Unis. Elle devient américaine, et se fait appeler Helen. Elle a rompu avec le passé, mais l’avenir n’est plus un rêve. Helen est maintenant confrontée à une réalité qui lui échappe : la maladie et la dépression de son mari ; l’indépendance de ce fils à qui elle a tout sacrifié, et qui épouse une Française malgré l’opposition de ses parents. Cette jeune femme égoïste, arrogante, imbue d’un sentiment de supériorité presque national, Helen ne l’aime pas. Cette belle-mère dont le silence recèle une hostilité croissante, Marie en a peur. Pourtant, entre ces deux femmes que tout oppose — leur origine, leurs valeurs et leur attachement au même homme —, quelque chose grandit qui ressemble à de l’amour. » (source : Gallimard)

Voici un livre remarquable. « Un brillant avenir » raconte le long récit de la construction d’une famille, avec son lot de joies, de douleurs, de déceptions, d’incertitudes. Ne vous y trompez pas : ce n’est pas une saga riche en rebondissements tonitruants ; dans cette histoire, les moments-clés se jouent au calme de la solitude. Solitude d’une femme énigmatique qui porte seule le destin de ses proches, et dont la vérité échappe au lecteur jusqu’à la dernière ligne. C’est d’abord Elena, la petite fille timide qui se transforme en jeune femme amoureuse, et qui découvre presque malgré elle une détermination qu’elle ne soupçonnait pas. C’est aussi son double, Helen, la même femme avec quelques années de plus, l’épouse, la mère, la brillante Américaine qui prépare pour son fils un brillant avenir. Marie, la belle-fille, est aussi seule face à sa belle-mère, cette femme qui ne l’aime pas et qu’elle ne comprend pas. Elles mettront des années à rompre ces solitudes, sans y arriver pleinement.

Selon moi, la grande réussite de l’auteur est de nous parler de la mondialisation sous un angle très humain. Une question sous-tend le récit : qu’est ce qui fonde l’appartenance à un pays ? Les personnages tissent entre eux des liens qui sont mis à l’épreuve de la distance et des différences culturelles. La jeune Elena est perdue dans son propre pays, terre inhospitalière qui lui refuse son bonheur. Elle se sent accueillie puis trahie par Israël avant de trouver son bonheur aux Etats-Unis , pays présenté comme une terre de refuge et de tolérance. Marie, c’est un visage de la France, nouveau territoire indésirable face à toutes les contrées conquises ou quittées par Helen : la Roumanie, Israël, les Etats-Unis.

Impossible de prendre parti pour l’une de ces deux femmes : l’écriture, pleine de finesse et de retenue, parvient à traduire les sentiments contrastés de l’une et de l’autre, et le monde qui les sépare. Ce livre met en relief  l’écart gigantesque qui sépare les deux époques du récit (les années 1960, les années 1990) : là où Elena passe d’un pays à l’autre comme on gravit une montage avec le but d’atteindre un sommet, Marie passe d’un pays à l’autre au gré des opportunités de son mari mais aussi de ses envies, et de ses contraintes. Cette histoire est empreinte d’une forte nostalgie, celle d’Helen, qui a vu son fils grandir sans qu’elle puisse poursuivre pour lui l’ascension qui est l’histoire de sa vie, à elle.

Un petit bémol toutefois : à force de pudeur, on est parfois frustrés de ne pas en savoir plus sur les personnages, on aurait aimé refermer le livre en ayant l’impression de mieux les connaître. Que cela ne vous empêche pas de découvrir ce beau morceau de littérature.
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Posted in: Pause lecture