Le nom des gens, poétique politique

Posted on décembre 7, 2010

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« Bahia Benmahmoud, jeune femme extravertie, se fait une haute idée de l’engagement politique puisqu’elle n’hésite pas à coucher avec ses ennemis pour les convertir à sa cause – ce qui peut faire beaucoup de monde vu qu’en gros, tous les gens de droite sont ses ennemis. En règle générale, elle obtient de bons résultats. Jusqu’au jour où elle rencontre Arthur Martin – comme celui des cuisines – quadragénaire discret, adepte du risque zéro. Elle se dit qu’avec un nom pareil, il est forcément un peu facho. Mais les noms sont fourbes et les apparences trompeuses… » source : UGC Distribution

Et bien voilà un film qu’il faut voir pour se rappeler que le cinéma français a régulièrement de jolies pépites à nous offrir. « Le nom des gens » traite du vaste thème des origines, à travers la rencontre de deux personnages dont les noms seuls suffisent à incarner leurs différences. On découvre leurs histoires respectives dès le début du film ; on sait donc très vite qu’ils ont plus de points communs qu’il n’y paraît.


Elle, abîmée à l’intérieur, est sans complexe à l’extérieur. Toute poitrine dehors, elle se sert de son corps comme d’un instrument de guerre : elle se définit comme une pute politique. Lui, étriqué dans une vie conditionnée pour être ordinaire, occupe tout de même un métier pour le moins hors-norme : ornithologue, il passe ses journée à autopsier des oiseaux morts. Drôles de destins.

Michel Leclerc et Bahia Kasni, co-scénaristes, se sont amusés à mêler des situations complètement surréalistes à tous les petits drames de la vie quotidienne. Si bien que dans ce tourbillon de vrai et de faux on ne sait plus très bien ce qui est le plus indécent : Bahia, qui prend le métro complètement nue parce qu’elle a tout simplement oublié de s’habiller, ou Bahia qui prend le voile pour se conformer aux désirs d’un nouveau compagnon. Arthur qui discute avec lui-même version adolescent boutonneux, ou Arthur qui répète inlassablement qu’il n’a aucun lien de parenté avec le Arthur Martin de l’électroménager. Finalement, toutes ces situations, vraies ou fausses, mènent à la question des origines. S’approprier son passé pour déterminer son futur ; savoir le défier quand il nous opresse ; et de l’autre côté, savoir aller au-delà des apparences, au-delà du nom des gens.

J’ai aimé ce film pour sa poésie, pour ses acteurs, pour l’intelligence du propos. J’ai aimé l’histoire d’amour entre les deux personnages principaux, et entre eux et leurs parents. J’ai aimé l’énergie de Sara Forestier, le charme discret de Jacques Gamblin, et leur incroyable synergie. Et ce que j’ai aimé par dessus tout, c’est le traitement d’un sujet en apparence consensuel d’une manière anti-conventionnelle. Si je ne vous ai pas convaincus, j’ai un dernier argument : vous verrez dans ce film Jospin se prêter à un sympathique exercice d’auto-dérision…

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Posted in: Séance ciné