L’affaire Calas sur les planches

Posted on janvier 8, 2011

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L’affaire Calas… vous gardez peut-être un souvenir un peu vague et théorique de cette injustice défendue par Voltaire,  étape incontournable de tout bon cours d’histoire au lycée. Rappelez-vous : en 1762, Jean Calas, protestant toulousain, est accusé à tort du meurtre de son fils aîné. Il l’aurait pendu avec la complicité des autres membres de sa famille pour l’empêcher de se convertir au catholicisme. Livré à la vindicte publique et à une justice expéditive, il est condamné au supplice de la roue et meurt après avoir obstinément clamé son innocence.

Après l’exécution, Voltaire s’intéresse à l’affaire et parvient à faire reconnaître l’innocence de la famille Calas. L’affaire est restée célèbre car elle représente l’une des premières victoires des Lumières contre l’ignorance et le fanatisme religieux : c’est donc une histoire de haine et d’injustice qui se mue finalement en victoire. C’est ce message qui est mis en scène dans « L’affaire Calas, criez et faites crier », pièce à laquelle j’ai assisté jeudi dernier, pour la toute première représentation. Et je dois vous dire que j’ai été bluffée.

Lorsque le rideau s’ouvre, on se trouve face à une scène sombre et épurée : quelques accessoires, des parchemins suspendus en toile de fond, et au premier plan, un fauteuil Voltaire en clin d’oeil au philosophe. Au centre, une jeune femme commence à nous raconter l’histoire des Calas ; en quelques minutes, nous voilà transportés dans un XVIIe siècle aussi réaliste qu’inquiétant. La comédienne incarne à elle-seule les protagonistes du drame, figurant avec une fougue incroyable des caricatures toutes plus sinistres les unes que les autres : enquêteur, docteur, ecclésiastique… et lorsque la fin approche, inéluctable, on attend et espère l’intervention du philosophe. C’est le tout petit reproche que je ferai à la pièce : alors que le drame est impeccablement raconté, on aimerait avoir plus de détails sur le rôle joué par Voltaire qui est ici très rapidement résumé. Mais au final, l’objectif est atteint : l’affaire Calas s’échappe des livres d’histoire pour nous donner à réfléchir sur des injustices contemporaines. « Indignez-vous », c’est à la mode en ce moment, non ? C’est Voltaire qui aurait été content…

Ne manquez pas cette pièce intelligente, de grande qualité grâce à un texte épatant et à la performance d’Anne Durand, qui vaut à elle seule le déplacement.

L’Affaire Calas, du jeudi au samedi à 20h et le dimanche à 16h, au théâtre Funambule. Plein tarif 18 euros, et des places à 10 euros à réserver sur last minute ou Webguichet.com

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